La «Trumpisation» de Sarkozy

Le parti Les Républicains est en campagne pour désigner son candidat à l’élection présidentielle française de 2017. Parmi les candidats, il y a l’ex-Président de la République, Nicolas Sarkozy. Un Nicolas Sarkozy qui depuis plusieurs semaines, a « trumpisé » (si l’Académie Française de la Langue me permet d’inventer ce terme) son discours.»,  Par là j’entends que Nicolas Sarkozy s’est rapproché fortement dans son discours du show man américain, et s’éloigne ainsi de plus en plus du prototype d’homme politique européen traditionnel.

Je veux bien préciser qu’il faut se méfier des comparaisons à la légère. Il y a des nettes différences entre Trump et Sarkozy. Sarkozy a déjà été chef d’État ; Trump est un homme d’affaires. Le discours de Trump est tout de même bien plus exagéré, mensonger que celui de Sarkozy. Trump est une anomalie politique et il faut le traiter comme tel. Néanmoins, il y a lieu de faire certaines comparaisons. Notamment dans certaines des idées, dans les formes et dans le discours. En effet, j’ai retrouvé dans une série de déclarations de Nicolas Sarkozy tout au long du mois de septembre, des phrases frappantes, dignes du candidat américain.

Il y a tout d’abord eu la négation du changement climatique. Trump flirte avec les théories de la conspiration : pour lui, le changement climatique est une invention de la Chine. Sarkozy a lui déclaré que l’homme n’est pas totalement responsable du changement climatique. Des déclarations surprenantes qui vont contre l’avis de scientifiques et experts et dans un pays qui a tout de même accueilli la conférence mondiale COP21 il y a quelques mois.

Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy dans une image d’archives

Par après, Sarkozy a déclenché un débat politique en disant qu’à partir du moment que l’on acquiert la nationalité, « on vit comme un français et nos ancêtres sont les Gaulois ». Nouveau point commun avec Donald Trump : l’appropriation sélective de certaines racines ethniques et sa revendication face à l’étranger. Trump parle de l’orgueil américain face aux étrangers, en omettant que les États-Unis est un pays formé et issu de l’immigration (Trump est d’ailleurs d’origine allemande). Dans le cas de Sarkozy, nous sommes aussi face à un discours erroné. Le choix des Gaulois n’est pas incorrect, mais bien arbitraire, car la France compte bien d’autres peuples qui ont habité son territoire. De plus, d’un point de vue historique, la France actuelle a été bien plus influencée par l’Empire Romain que par les Gaulois. L’objectif est donc clair : dans une société inquiète par l’immigration et où le racisme monte, jouer la carte ethnique et donc l’identification a un symbole national porte gros.

La comparaison la plus fragrante entre Trump et Sarkozy m’est venue à l’esprit en lisant une déclaration de ce dernier dans un meeting à Calais. Dans une de ses multiples bravades, Trump a un jour dit qu’il commencerait à expulser des personnes en situation illégale aux États-Unis dès le premier jour de son mandat. Sarkozy déclara il y a deux semaines, à deux pas de la fameuse jungle où 9000 personnes vivent dans l’insalubrité: « Le problème de la jungle sera résolu avant l’été 2017 », laissant sous-entendre qu’il s’y attaquerait dès le premier jour de son mandat. Mot pour mot.

Un jour après, des étudiants gabonais ont interrompu un meeting pour protester sur la situation dans leur pays. Sarkozy leur a sèchement répondu : « Ici c’est la France, c’est pas le Gabon. Si vous voulez retourner au Gabon, allez-y ! » Il y a quelques semaines aux États-Unis, le Vice-Président Joe Biden, se faisait constamment interrompre dans un meeting de campagne en faveur de Hillary Clinton par un vétéran qui lui criait que ses amis étaient morts en Irak. Biden, dans la douleur, lui répondit que son fils aussi était mort. Il lui pria de lui laisser finir et de venir en reparler avec lui à la fin du meeting. Ce qu’il fit. Trump au contraire a multiplié les phrases violentes chaque fois que quelqu’un protestait à un de ces meetings : « I’d like to punch him in the face », « Get him out of here… Are you from Mexico? », « Try not to hurt him. If you do, I’ll defend you on court ».

Il eut un temps, où il aurait été diplomatique de la part d’un homme politique européen de répondre qu’il se pencherait sur le sujet, signe d’intérêt pour les relations internationales. Dans le discours de Sarkozy, le « Tout pour la France » et sur la France prime. Un recours à la politique identitaire et réactionnaire, qui éclipse d’autres sujets bien plus importants et qui jouent sur les tensions déjà existantes et exacerbées. Le discours raciste est d’ailleurs de plus en plus assimilé, au point qu’il est vu comme acceptable politiquement que les étudiants gabonais aient été remballés avec une phrase ouvertement raciste : « Si vous voulez retourner au Gabon, allez-y ! ».

Je pourrais écrire également sur l’islamophobie des deux candidats, mais ceci n’est pas un sujet qui touche uniquement à ces deux hommes, mais bien une vague d’intolérance qui touche beaucoup de pays et de sociétés. Par conséquent, il mérite mention dans ce billet, mais devra être développé autre part dans le futur.

Pourquoi ai-je inventé le mot « Trumpisation » en me référant à Sarkozy? Car Donald Trump est probablement l’expression la plus visible de l’antipolitique et de l’intolérance au niveau mondial actuellement. Mais en  réalité, son discours ne fait que d’un avec celui des partis d’extrême-droite européens. Il y a tout de même quelque chose qui distingue Trump des hommes politiques comme Wilders, Farage ou Le Pen. Trump est rentré sans complexes en politique américaine et sans aucune pression. Cela lui a permis de repousser les lignes du politiquement acceptable très loin, car il n’avait rien à perdre. Et c’est sur ces lignes repoussées au niveau mondial que l’extrême-droite européenne joue aujourd’hui.

Il est donc inquiétant qu’un ex-chef d’État comme Nicolas Sarkozy joue sur cette vague identitaire d’extrême-droite pour obtenir des votes. Ses défenseurs argumentent que de cette façon il dispute le vote au Front National. Cela peut être effectif à court terme électoralement, mais très dangereux au long terme politiquement. La droite française, mais encore plus important, la société française en entier, ont besoin que ses candidats à l’élection présidentielle soient des hommes intégrateurs, ouverts, inclusifs et à la hauteur du monde en 2017. La France a suffisamment à faire avec le repli identitaire et raciste du Front National et de Marine Le Pen. Elle ne peut accepter la version délavée de Nicolas Sarkozy dans Les Républicains.

© Mario Cuenda García

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