Appuyons la grève de la SNCB

‘Comment privatiser un service public ?’ Voici une blague qui circule depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux. ‘Premièrement, cessez d’investir dans ce service. Deuxièmement, dites bien haut et fort que le service ne fonctionne pas efficacement et qu’il a des défaillances. Troisièmement, avec cette justification, privatisez-le’. En fait, c’est exactement ce qui est en train de passer avec la Société Nationale des Chemins de fer Belge (SNCB) en Belgique.

Le gouvernement a annoncé une réduction de 2,8 milliards d’euros dans le budget de la SNCB. C’est une mesure outrageante et scandaleuse dont les premiers perdants sommes nous, les utilisateurs du service. Avec moins de ressources, le service perdra de la qualité et les prix monteront. Il est triste de constater que face à la perte de qualité du service ces dernières années, due également à des réductions du budget qui se sont traduites en de nombreux retards, en fermetures de petites gares et j’en passe, le gouvernement n’ait pas décidé d’investir pour corriger ces problèmes.

La deuxième partie de l’équation est encore plus outrageante. Face à cette réduction de 2,8 milliards d’euros, le gouvernement subsidie de façon directe les voitures d’entreprises avec 2,5 milliards d’euros. En bref, il y a de l’argent public pour aider les entreprises privées, mais pas pour les services publics. De plus, la voiture d’entreprise est un subterfuge légal pour payer moins d’impôts sur le salaire. Si elle n’existait pas, selon le calcul de divers économistes, les caisses de l’état auraient 1.6 milliards d’euros en plus.

Finalement, c’est extrêmement cynique de la part de l’état belge de signer l’accord sur le climat COP21 à Paris en novembre pour après appliquer à la maison des politiques anti-environnementales. Non seulement on ne fomente pas une culture plus écologique, qui passe par l’utilisation de transports collectifs et non-polluants comme le train, mais on coupe son budget pour subsidier des moyens de transports polluants comme la voiture. En plus, Bruxelles est une des villes les plus embouteillées d’Europe et Le nombre de voitures qui y circulent est anormalement haut. Il faut trouver des solutions qui passent par le train et également par la construction de parkings aux alentours de la capitale. Subsidier les voitures d’entreprises ne fait qu’aggraver le problème.

Les cheminots ont bien raison de faire grève et la population belge doit les seconder, car c’est une grève qui va au-delà de leurs intérêts. C’est un problème qui nous touche à tous. Secondons-les dans leurs demandes d’améliorations du service, pour éviter une montée des prix et pour protester contre des mesures sociales nuisibles à l’environnement et à notre société.

Je finirais ce billet en invitant tout de même les syndicats et les grévistes à réfléchir sur la stratégie à suivre. Dans le temps, les grèves étaient des mouvements populaires efficaces appuyés par l’immensité de la population. Aujourd’hui, pourtant, elles sont largement inefficaces et discréditées par les médias. Cette grève de la SNCB est probablement un des exemples les plus légitimes que je puisse imaginer et pourtant une grande partie de la population n’en connait pas les raisons et maussades, ne voient qu’une perturbation de leur quotidien. Autre problème : les syndicats ne sont plus vus comme des acteurs politiques importants qui puissent défier le statuquo.

Il est donc fondamental que les syndicats se posent des questions et lancent un débat. Comment faire pour redevenir importants ? Quelles sont les actions à faire pour que la société du XXIème siècle appuie ces revendications ? Ce débat a déjà été lancé par le journaliste Owen Jones au Royaume Uni, mais il doit atteindre toute la société européenne. Jones donnait un exemple : aux États-Unis, des travailleurs d’une chaine de fast-food en Californie avait fait un flash-mob pour réclamer un salaire minimum digne et leur revendication était devenue virale. Jones veut mettre en avant que ces travailleurs avaient innové pour se faire entendre et appuyer par un grand nombre de gens.

J’ai le sentiment que cette grève en Belgique offre une énorme quantité de possibilités pour l’innovation, car elle est légitime et elle nous concerne tous, pas seulement les syndicats. Ne laissons pas passer l’opportunité, ouvrons le débat depuis tous les acteurs de la société, innovons ! Mais pour l’instant, n’oublions pas les motifs de cette grève : expliquons-la et appuyons-la.

© Mario Cuenda García