L’option Mélenchon

Je ne suis pas français, mais je suis bien francophone et francophile. Je suis également Européen et internationaliste. Pour cette raison, c’est avec une attention particulière que je suis l’élection présidentielle française de cette année. Chaque élection présidentielle a eu son degré d’importance, car la vie politique française réverbère historiquement au-delà de ses frontières partout en Europe; mais celle-ci l’est peut-être encore plus, non seulement dû au contexte économique national et international, mais également à cause du contexte géopolitique mondial.

J’écris donc sur cette élection internationale et en étant conscient que ma contribution n’est que modeste, si elle a un quelconque impact, alors bienvenue soit-elle. Face à une élection terriblement serrée, j’aimerais bien soutenir un candidat ainsi qu’exprimer mon vote potentiel si j’en avais le droit : car si j’étais français, je voterais Jean-Luc Mélenchon.

Je me penche sur son programme économique en premier. Mélenchon est le seul candidat à parler du réel problème qui a affaibli l’économie française et européenne depuis plusieurs années : les politiques néolibérales d’austérité. Rien que sous le quinquennat de François Hollande, les inégalités en France ont augmenté. Selon des données de l’INSEE, la France compte plus de 8.8 millions de pauvres ; un Français sur sept vit avec moins de 60 % du revenu médian, c’est-à-dire avec 1000 euros par mois. Le chômage demeure au-dessus du seuil des 10% ; 13% des salariés sont catégorisés comme précaires, tandis que le nombre de millionnaires a augmenté. Les politiques d’austérité, destinées à éviter des endettements massifs des administrations, n’ont même pas réussi leur objectif, puisque la dette publique a explosé depuis 2008 et est passée de 65% du PIB à presque 100% ; tout cela dans un contexte d’inégalités croissantes.

La solution proposée par Mélenchon est de renverser complètement ces politiques. Premièrement,  en initiant un programme de relance Keynésien de dépenses publiques, financé à travers les impôts et la Banque Centrale Européenne. La BCE prête chaque mois 100 milliards aux banques privées pour qu’elles relancent l’économie de la zone Euro, ce qu’elles ne réussissent manifestement pas. Pourquoi ne pas utiliser cet argent pour financer temporairement les états et que ceux-ci investissent dans des projets publics nécessaires ? En mettant en marche ces projets, l’État encouragera les PME, qui à leur tour, emploieront des travailleurs. Les résultats seront une baisse de chômage (ce qui entraine un double effet positif : moins d’allocations chômage à payer, donc moins de dépenses et plus d’impôts payés, donc plus de revenus), mais également une augmentation du pouvoir d’achat, de la consommation et de la collecte fiscale. Au final, les revenus engrangés seront même supérieurs à la dépense initiale !

Ce programme économique Keynésien de relance économique par l’État est amplement réalisable et l’exemple est donné en Espagne où les mairies gouvernées par les mouvements anti-austérité de Madrid, Barcelone et Saragosse ont fortement augmenté les inversions publiques et sociales depuis deux ans, créant de la richesse collective mieux répartie tout en réussissant à faire des excédents sur leurs budgets et à réduire les dettes municipales, notamment grâce aux mécanismes exposés ci-dessus. Le gouvernement central qui lui est au contraire aux mains de la droite pro-austérité, enregistre un déficit de plus de 4.5%. Au Portugal, c’est le gouvernement central anti-austérité qui a réussi à diviser par deux le déficit public tout en augmentant le salaire minimum, en récupérant les prestations sociales et en augmentant le pouvoir d’achat des concitoyens.

Je me suis concentré sur son programme d’investissement public, mais cela est loin d’être la seule mesure destinée à stopper l’austérité. Pour cela, il faut également améliorer les conditions de travail, sociales et économiques des citoyens français. Cela passe, entre autres, par augmenter le salaire minimum, engranger une politique fiscale plus distributive, abroger la loi travail El Khomri qui précarise encore plus l’emploi… Économiquement parlant, son programme est donc réalisable, soutenable et même souhaitable, puisque non seulement il vise à améliorer les conditions de vie des citoyens les plus affectés par la crise économique, mais cela à en plus le potentiel d’être la meilleure option de réduire la dette et le déficit.

Ses détracteurs lui reprochent que l’Union Européenne n’approuvera pas un tel programme et ils ont probablement raison. Les traités européens blindent et perpétuent l’austérité de façon institutionnelle et en faisant d’elle une priorité politique; il faut donc absolument les réviser, en particulier le Pacte de Stabilité et le Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne, qui régule la Banque Centrale Européenne. Nombreux sont les économistes qui appellent depuis de longues années à leur révision. La seule façon de se libérer de l’austérité et de s’attaquer à sa racine, c’est-à-dire, les traités eux-mêmes.

Jean-Luc Mélenchon est également le candidat qui a parlé le plus activement de l’écologie. Le réchauffement climatique est une réalité scientifique : ses premiers effets se font déjà ressentir, mais les pires viendront dans les années à venir. Nous avons un devoir envers les générations futures de prendre des mesures écologiques dès maintenant. Par exemple, commencer une transition énergétique, en délaissant progressivement les énergies fossiles et en développant les énergies renouvelables, en protégeant les biens communs tels que l’air, l’eau ou les matières premières contre la surexploitation et la pollution. Mélenchon a aussi promis d’utiliser l’investissement public pour développer ces mesures.

Il a aussi exposé la ligne qu’il maintiendrait en affaires étrangères. Elle s’inscrit dans la tradition Gaulliste. Au niveau de l’Union Européenne, comme je l’ai expliqué, il est nécessaire de réviser les traités et de maintenir une ligne dure face à l’opposition probable de l’Allemagne (petite mention spéciale aussi à son opposition au TAFTA, le traité commercial avec les États-Unis, qui met en danger les acquis sociaux, l’environnement et la souveraineté des états faces aux multinationales). Il est clair que sa position par rapport à l’UE ne satisfera pas tout le monde : mais l’UE est arrivée à un statu quo insoutenable. Ce n’est pas Mélenchon qui risque de la briser, mais sa négative à changer. Et si les hommes politiques ne proposent pas d’alternative à ce statu quo, alors celle-ci se fracassera toute seule. Il s’est également déclaré comme un candidat pacifiste. Dans un monde qui revit une montée de tensions guerrières, avec la guerre civile en Syrie, l’autoritarisme de Poutine et l’imprévisibilité de Donald Trump, il est nécessaire d’avoir une position pacifiste, diplomatique, mais surtout indépendante.

Mélenchon propose une réforme constitutionnelle pour l’instauration d’une VIème République. C’est un aspect crucial et positif de son programme car l’actuelle constitution française date des années 60 et fut créée à un moment historique particulier. Il s’agit tout simplement de moderniser un système politique et de l’adapter au XXIème siècle. Un changement structurel de ce calibre est toujours prioritaire. Cette VIème République requerra d’une nouvelle Constitution, qui sera rédigée par une assemblée constituante de citoyens et ensuite soumise à un référendum. Les lignes directrices pour la moderniser seront de mettre fin à la « monarchie présidentielle », de doter de plus de pouvoirs l’Assemblée Nationale et de donner plus d’espace à la participation citoyenne, entre autres.

Jean-Luc Mélenchon représente également la meilleure option pour infliger une défaite à l’extrême-droite. Brisons le tabou: Marine le Pen a de sérieuses options de gagner cette élection. Le FN a déjà gagné aux élections européennes de 2014 et nous ne pouvons espérer que le système électoral puisse l’empêcher de gagner cette fois-ci.

Si le deuxième tour dépare un face à face entre Marine le Pen et Fillon ou Macron, la France se retrouvera avec une situation similaire à l’élection présidentielle américaine de 2016, entre un candidat représentatif de l’establishment et un candidat d’extrême-droite. Hillary Clinton avait derrière elle tout le support de son parti, des pouvoirs financiers et des médias, comme c’est le cas d’Emmanuel Macron en France actuellement, par exemple. Mais les médias français répètent les erreurs de leurs homologues américains contre lesquelles mettaient en garde les journalistes américains Thomas Frank et Sarah Smarsh.  Si aux États-Unis on pouvait lire des « Hillary Clinton a plus de 80% de chances de gagner l’élection présidentielle américaine » ; aujourd’hui en France nous lisons des « Macron battrait largement le Pen au deuxième tour ».

Le problème des principaux journaux américains, comme des français, est que les journalistes proviennent généralement de milieux financièrement aisés et hautement éduqués et donc que les rédactions manquent cruellement de diversité socioéconomique. Et même si l’information est honnête, les médias présentent des opinions très biaisées, éloignées des réalités sociales et qui manquent de représentativité. En France, les médias parlent peu des cités, des tensions raciales, de la désindustrialisation, de la pauvreté, de la précarité au travail, ou du rejet grandissant envers la politique traditionnelle. En soutenant Macron de façon ostentatoire, par exemple en listant ces appuis publics, mais en attaquant Mélenchon en car « il inquiète les marchés financiers », les médias réaffirment ce clivage. Après avoir vu les erreurs commises aux États-Unis, les médias français devraient réfléchir à comment parler avec les couches de la population sous-représentées dans l’opinion publique.

Il existe une frustration de la population envers la politique indéniable ; elle s’est accumulée depuis des années et a empiré à cause des mauvaises conditions économiques. Le Front National a surfé sur cette vague en canalisant la frustration populaire de la pire façon possible, avec un discours identitaire et xénophobe. Ni le Parti Socialiste, ni les Républicains ont été capables de récupérer ces électeurs désabusés et à l’évidence, ne le feront pas non plus à cette élection. Il est difficile d’imaginer Macron, qui au final est le candidat préféré des partis traditionnels en cas de deuxième tour, réussir à récupérer ces citoyens qui ne feront que l’identifier au système qui les a délaissés. Et même si Marine le Pen perd, une victoire de Macron ou de Fillon ne fera que repousser cinq ans le problème. L’austérité, le libéralisme, et le statu quo ne feront qu’accroitre la précarité, la pauvreté et les inégalités, aggravant encore plus la déconnexion des gens de la politique et les poussant vers les bras de l’extrême-droite.

Pour les raisons présentées ci-dessus, le meilleur candidat est Mélenchon. D’ailleurs, la montée dans les sondages est un reflet de cette réalité. Beaucoup de gens qui étaient indécis, ou ne se sentaient pas représentés par les partis actuels ont finalement décidé de voter pour lui. Sa politique économique, destinée aux citoyens français avant tout, est la meilleure. Mais en plus, il offre une représentativité positive à tous ceux qui ont été laissés de côté par le système. Une représentativité positive basée sur l’espoir et non sur la haine comme le fait le FN. Pour toutes ces raisons, et bien d’autres, comme européen, mon choix est fait : ce serait Jean-Luc Mélenchon que je voterais avec espoir.

Jean-Luc Mélenchon

© Mario Cuenda García

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